 Soixante cinq années nous séparent de cette date historique du 8 mai 1945 qui marqua la capitulation de l’Allemagne nazie, et la fin de la seconde guerre mondiale.
Cette date marque aussi une naissance : celle de tous les possibles. L’Europe tout d’abord, qui va enfin pouvoir se faire après tant de tentatives avortées.
La France ensuite qui va se reconstruire sur des valeurs et des idées avant-gardistes : la Sécurité sociale pour tous, la promotion des femmes avec en perspective le droit de vote. Le monde aussi qui va s’organiser en mettant en place des institutions internationales de coopération pour favoriser le dialogue et l’entraide entre les peuples.
Hélas, comme un miroir à deux faces, le pire se dessine aussi au lendemain de la seconde guerre mondiale avec la fermeture du bloc de l’Est sur des millions de personnes, victimes hier d’Hitler, dorénavant de Staline. C’est aussi la naissance de la guerre froide, l’opposition acharnée entre deux idéologies antinomiques : le collectivisme et le capitalisme.
L’histoire se fait ainsi, côtoyant le meilleur et le pire, à l’image finalement de l’homme.
Je fais partie de ces générations nées après la guerre. Je n’ai donc pas connu l’émotion que des foules en liesse ont partagé devant une liberté reconquise, et devant une France retrouvée. Oui, nos aînés, en se battant dès l’appel du 18 juin 1940, ont permis à la France de retrouver en 1945 sa place, en incarnant les valeurs qui ont forgé à travers les siècles l’histoire de notre peuple : l’honneur, la dignité, les droits de l’homme, la solidarité. Ils nous ont légué ce patrimoine qui fait partie plus que jamais de notre identité, un patrimoine qui doit être le ciment des hommes et des femmes qui peuplent cette terre de France.
Aujourd’hui que les témoins directs de cette période dramatique se font moins nombreux, nous devons nous souvenir que la guerre reste une folie inexplicable, et que l’homme doit sans cesse être placé au centre de nos réflexions et de nos actions.
Nous ne devons pas oublier les champs de bataille sur lesquels tant d’hommes ont été tués, nous ne devons pas oublier les camps de concentration et les prisons sordides où furent incarcérées, torturées, humiliées, sacrifiées et tuées des millions de victimes innocentes. Enfin, nous ne devons jamais perdre de vue que des hommes et des femmes sont capables de se transformer en bourreaux sanguinaires.
Soyons donc vigilants devant les dérèglements du Monde, et devant les extrémismes idéologiques, militaires ou financiers, toujours prêts à fondre sur les démocraties.
Ce n’est pas parce que l’Europe traverse une crise passagère que ses valeurs sont à remettre en cause. Elle incarne aujourd’hui, à travers son histoire, son originalité, sa diversité, et ses principes d’action, un modèle à promouvoir.
Je me rappelle ces quelques mots prononcés en 1849 par un certain Victor Hugo : « Un jour viendra en Europe où le seul champ de bataille sera l’ouverture des marchés sur des idées, viendra en Europe le jour où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes ». Soyons reconnaissants à ceux qui ont rendu cette prophétie possible, et soyons les ambassadeurs au quotidien de cette Europe de la paix.
Pierre Lafaye
le 8 mai 2010
|